Qu'est-ce que la maslaha, la notion d'intérêt dans le droit chiite ?

Dans la jurisprudence chiite, tout commandement religieux repose sur un intérêt réel (maslaha) et tout interdit sur une nuisance réelle (mafsada) : rien n'y est arbitraire. L'article explique cette doctrine à partir de deux hadiths, l'un de l'imam Reza, l'autre de l'imam Sadiq, puis introduit la distinction qui en découle : les intérêts durables fondent des règles fixes, valables en tout temps et en tout lieu, tandis que les intérêts passagers fondent des règles variables, liées à une époque, un lieu ou une situation donnés.

ID: 86444 | Date: 2026/06/16
Dans le droit chiite, les règles religieuses reposent sur l'intérêt. Tout ce qui comporte un intérêt contraignant est obligatoire ; tout ce qui comporte une nuisance notable est interdit. Les savants chiites l'affirment : aucun commandement positif de l'islam n'est vide d'intérêt, aucun interdit ne porte sur un acte vide de nuisance. L'ensemble des règles est bâti sur des intérêts et des nuisances réels.


L'imam Reza l'a formulé ainsi : il y a un intérêt dans tout ce que Dieu a rendu licite, et une nuisance dans tout ce qu'il a rendu illicite. Selon ses termes, tout ce que Dieu a autorisé contient le bien des serviteurs et leur préservation, tandis que ce qu'il a interdit ne répond à aucun besoin des serviteurs et les conduit à la corruption et à la perdition (Ilal al-sharayi', vol. 2, p. 592).


L'intérêt est cependant de deux sortes : durable ou passager. Si l'intérêt est durable, la règle qui en découle l'est aussi ; s'il est temporaire, la règle l'est également. Les règles fixes, fondées sur un intérêt permanent, ne dépendent d'aucune époque, d'aucun lieu ni d'aucune situation particulière. Les règles variables, elles, sont liées à un temps, un lieu et des circonstances propres.


C'est à partir de cette distinction que le prophète de l'islam a énoncé deux types de règles. Le premier type, transmis au titre de la révélation, constitue les règles premières : des règles fixes et durables, à l'intérêt permanent, sauf lorsqu'elles entrent en conflit avec une règle plus importante. C'est en ce sens que l'imam Sadiq a déclaré que le licite et l'illicite de la religion de Mohammad demeurent jusqu'au jour de la résurrection : son licite est licite à jamais, son illicite est illicite à jamais (al-Kafi, vol. 1, p. 58). Dans ces règles fixes, le licite garde éternellement son intérêt et l'illicite éternellement sa nuisance.