Quatre repères doctrinaux
Pour répondre à la question, quatre points doivent être posés.
Premier point : dans les degrés de l'être, les mondes se répartissent en deux grandes divisions. La première regroupe les mondes antérieurs à la création, dits mondes de la divinité, comme le monde de l'unité divine (wahidiyya) ou le monde des noms et des attributs. La seconde regroupe les mondes de la création, qu'il s'agisse des purs immatériels, les intelligences, ou du reste.
Deuxième point : quand on parle de ces degrés et de ces mondes, le regard se porte tantôt sur l'unité et la synthèse, tantôt sur la multiplicité et le détail. Dans le monde des noms, par exemple, le regard d'unité voit tous les noms résorbés dans le nom unique, sans distinction ni préséance entre eux ; le regard de détail voit chaque nom doté de sa manifestation propre, avec une hiérarchie où certains englobent et d'autres sont englobés. La même règle vaut pour les autres mondes, y compris celui des intelligences pures.
Troisième point : les traditions, les paroles des gens de la connaissance et celles de l'imam Khomeiny sur le rang du Prophète, d'Ali, de Fatima et des autres imams se rapportent elles aussi à ces mondes de la divinité et de la création et à leurs degrés, en adoptant tantôt le regard d'unité, tantôt celui de multiplicité.
Quatrième point : le Prophète détient en propre le rang de la mission et de la prophétie et il est maître de la Loi révélée, tandis que les imams détiennent, dans l'ordre de la walaya législative, le rang de la succession et du califat qui leur vient de lui.
L'un dans l'unité, hiérarchisés dans la multiplicité
De ces repères découle la réponse. Partout où le regard porte sur le détail et la multiplicité, le rang du Prophète est premier et principiel, celui des imams second et subordonné. Dans le rang de la luminosité, quand on regarde vers l'unité et la synthèse, tous sont une seule lumière et rien ne les distingue ; quand la multiplicité entre en jeu et que les lumières distinctes se manifestent, la relation de principe à suivant apparaît.
C'est pourquoi, dans le monde d'ici-bas, qui est le lieu du détail et de la multiplicité, Mohammad se manifeste au rang de la prophétie et du sceau des prophètes, et les imams au rang de la walaya et de la succession : le Prophète y est le principe, eux la branche qui le suit, et la supériorité appartient au Prophète.
Un hadith le formule directement. Interrogé par l'imam Ali sur sa supériorité sur Gabriel, le Prophète répondit : Dieu a donné à Ses prophètes la supériorité sur les anges rapprochés, et à moi sur l'ensemble des prophètes et des messagers ; et la supériorité, après moi, est à toi, ô Ali, puis aux imams après toi. (Mesbah al-hedaya, p. 77, d'après Oyoun akhbar al-Reza)
Trois citations de l'imam Khomeiny
Pour finir, trois passages de l'imam suffisent, et le lecteur désireux d'approfondir se reportera aux deux cahiers Tebyan consacrés à la prophétie et à l'imamat et l'homme parfait.
Dans son commentaire du hadith cité, l'imam écrit : « "La supériorité, après moi, vient de toi et des imams après toi" fait allusion à ce que nous avons dit : le rang d'existence d'Ali et des autres imams par rapport au Prophète est comme le rapport entre l'esprit et l'âme rationnelle humaine, le rang des autres prophètes et saints et celui des autres facultés se situant au-dessous... » (Mesbah al-hedaya, p. 77)
Sur l'union du Prophète et d'Ali : « Ces deux êtres nobles étaient ensemble dans les mondes de l'invisible, ils étaient unis ; et dans le monde du témoignage, l'un est la manifestation de cet invisible absolu dans la mission prophétique, l'autre la manifestation de ce même invisible absolu dans l'imamat... De même que durant toute leur vie en ce monde ils furent à tout instant ensemble et se soutinrent l'un l'autre, l'un, à la suite de l'autre, lui confia toutes les affaires, les accomplit toutes en le suivant, fut avec lui et fut son frère en toute chose. » (Sahifeh-ye Imam, vol. 20, p. 232-233)
Sur la nuit du destin enfin : « Mais la valeur de celle-ci [la nuit du destin], nul ne la connaît comme il convient, hormis le Sceau des prophètes lui-même, qui est maître de la nuit du destin à titre principiel, et ses successeurs impeccables, qui en sont maîtres à titre de suivants. » (Adab as-salat, p. 333)