Le deuil d'Akbar Abdi et les difficultés des artistes dans la vraie vie

La mort d'Akbar Abdi, l'un des acteurs les plus marquants du cinéma iranien, a ému le public. Elle rappelle aussi la situation des artistes iraniens, pris entre les camps politiques à l'intérieur du pays comme à l'étranger. Ce texte plaide pour tenir la culture à l'écart des luttes de pouvoir.

ID: 86655 | Date: 2026/07/26

Note de : Ahmad Mazani


Akbar Abdi comptait parmi les rares acteurs de l'histoire du cinéma iranien à maîtriser à ce point le corps, la voix et la transformation. De la comédie au drame, il donnait à chaque rôle une identité propre et a laissé une marque durable dans le jeu de composition. Sa disparition est un deuil pour le public iranien. Elle ramène aussi l'attention du monde culturel sur les difficultés que les artistes rencontrent dans la vie réelle.


Ces artistes vivent pris dans les polarisations politiques. Des faux défenseurs des droits humains à l'étranger aux tenants des valeurs religieuses et nationales dans les différentes factions du pays, personne ne les veut pour eux-mêmes ni pour leur art : chacun cherche à en faire un instrument au service de ses objectifs de pouvoir. Beaucoup de figures culturelles influentes se sont ainsi retrouvées à servir de porte-voix à tel ou tel camp, parfois dans des rôles aussi contradictoires que ceux qu'elles jouaient à l'écran.


Dans tout cela, le public est privé de l'apport matériel et spirituel des gens de culture, et le résultat est un gâchis de talents. Le regard des responsables au Parlement, au gouvernement, à la radiotélévision d'État et dans les autres institutions concernées pèse lourd. Rarement ces institutions ont prêté attention à la sensibilité des artistes et à la délicatesse du travail avec eux. À certaines périodes, elles ont même donné de la vision de l'islam et de l'Iran sur l'art une image qui a éloigné de leur foi et de leur pays nombre de grands artistes iraniens, et privé le public de leur œuvre. Certains de ces artistes ont aussi commis une erreur de calcul et sont devenus des instruments au service de gens sans patrie, ce qui n'enlève rien à la responsabilité des institutions dans la gestion d'un champ culturel aussi vaste, ni à leur devoir de le tenir à l'écart de la politique.


Alors que nous sommes en deuil d'Akbar Abdi et que nous nous souvenons des rôles variés qui l'ont rendu cher à tous, j'adresse mes condoléances à sa famille, à ses proches et aux professionnels du cinéma, du théâtre et de la télévision. Dans la période difficile que traverse l'Iran, j'espère que nous saurons ouvrir les bras de la patrie à tous nos compatriotes, et en particulier aux artistes, quelle que soit leur sensibilité, dépasser les cycles de rupture et de réconciliation, et mieux mettre à profit leurs talents aux côtés du peuple.