Pourquoi l'imam Hassan al-Askari est venu à Samarra, et comment il est mort en martyr

C'était le 8 rabî' al-awwal de l'an 260 de l'hégire. L'imam al-Askari mourut en martyr à Samarra, victime d'un complot du calife abbasside al-Mu'tamid, qui voulait faire passer cette mort pour naturelle.
Selon la version la plus répandue, rapportée par le correspondant de Jamaran, l'imam fut empoisonné à Samarra ce même jour, sur ordre d'al-Mu'tamid, que la popularité et l'influence spirituelle de l'imam inquiétaient depuis longtemps.

ID: 86998 | Date: 2026/08/21

La présence forcée de l'imam al-Askari à Samarra


À quatre ans, l'imam Hassan al-Askari partit pour Samarra, siège du califat abbasside dans le nord-ouest de l'Irak, avec son père l'imam al-Hadi et le reste de la famille, sur ordre du calife al-Mutawakkil, dixième calife abbasside.


Après la mort de son père en 254 de l'hégire, il devint l'imam des chiites. Officiellement, sa famille résidait à Samarra sur invitation d'al-Mutawakkil ; en réalité, il s'agissait d'une résidence forcée, une forme d'exil destinée à le maintenir sous surveillance étroite.


 


Mort naturelle ou martyre ?


Cheikh Tabarsi rapporte que de nombreux savants affirment que l'imam est mort empoisonné, comme son père, son grand-père et tous les imams avant lui. Ibrahim Kaf'ami écrit qu'al-Mu'tamid l'a fait empoisonner. Muhammad ibn Jarir ibn Rustam, savant chiite du IVe siècle, soutient la même thèse de l'empoisonnement.


Un indice de cet assassinat orchestré par la cour abbasside : l'agitation inhabituelle d'al-Mu'tamid dans les jours de l'empoisonnement, visiblement destinée à faire passer cette mort pour naturelle.


Ibn al-Sabbagh al-Maliki, savant sunnite, rapporte les propos d'Ubayd Allah ibn Khaqan, un courtisan abbasside qui tenait l'imam en haute estime :


« À la mort d'Abu Muhammad Hassan ibn Ali al-Askari, le calife al-Mu'tamid montra un comportement étrange qui nous surprit, un comportement qu'on n'aurait pas attendu d'un calife détenant le pouvoir. Dès qu'Abu Muhammad tomba malade, cinq proches du calife, tous juristes de la cour, furent envoyés chez lui avec ordre de rester sur place et de rapporter tout ce qui se passait. Le calife envoya aussi des garde-malades, puis chargea le juge Ibn Bakhtiar de choisir dix hommes de confiance pour se rendre chaque matin et chaque soir chez Abu Muhammad et surveiller son état. Deux ou trois jours plus tard, on informa le calife que l'état d'Abu Muhammad s'aggravait et qu'une amélioration semblait improbable. Le calife ordonna alors une surveillance de jour comme de nuit, qui se poursuivit jusqu'à sa mort, survenue quelques jours après.


À l'annonce de son décès, Samarra retentit de cris et de lamentations, les marchés et les boutiques fermèrent. Les Banu Hachim, les fonctionnaires, les officiers de l'armée, les juges, les poètes et le reste de la population se rendirent aux funérailles. Ce jour-là, Samarra rappelait une scène du Jugement dernier.


Une fois le corps prêt pour l'enterrement, le calife envoya son frère Issa ibn al-Mutawakkil diriger la prière funéraire. Quand le corps fut posé au sol pour la prière, Issa s'approcha, découvrit le visage du défunt et le montra aux Alides, aux Abbassides, aux juges, aux scribes et aux témoins présents. Pour écarter tout soupçon pesant sur le calife, il déclara : « Voici Abu Muhammad al-Askari, mort de mort naturelle, et untel et untel parmi les serviteurs du calife en sont témoins. » Il recouvrit ensuite le corps, dirigea la prière, puis ordonna l'enterrement »


Ce récit montre la place qu'occupait l'imam dans la société et pourquoi le pouvoir abbasside s'en inquiétait. Il montre aussi à quel point le calife redoutait que l'empoisonnement soit révélé au grand jour, d'où cette mise en scène préparée à l'avance pour présenter le meurtre comme une mort naturelle.


Cette prière n'était qu'une mise en scène, un montage du régime pour brouiller les traces du meurtre. Selon les savants chiites, l'imam Mahdi a prié en privé sur le corps de son père.


 


Sources


Sirat al-Pichvayan (La vie des guides), Mehdi Pichvai.


Chronologie de l'histoire islamique, Seyyed Taqi Vardi, tome 3, mois de rabî' al-awwal.