De la rencontre avec le martyr Hassan Bagheri au rapport remis au président de la République

De la rencontre avec le martyr Hassan Bagheri au rapport remis au président de la République

Le récit d’un témoin de l’épopée de Khorramshahr
Au cours de l’opération Beit ol-Moqaddas, Iraj Safati Dezfouli se rendit à plusieurs reprises sur le front afin d’évaluer la situation militaire et les difficultés rencontrées par les combattants. Son témoignage revient sur sa rencontre avec le jeune commandant Hassan Bagheri, sur le rapport critique transmis au président de la République de l’époque et sur l’état dévasté de Khorramshahr après sa libération.


Portail de l’Imam Khomeini : Iraj Safati Dezfouli raconte dans ses mémoires :

« Je me suis rendu à quatre reprises dans la zone de l’opération Beit ol-Moqaddas. Ma quatrième visite eut lieu deux jours après la libération de Khorramshahr.

Il ne restait pratiquement plus rien de la ville. Sur la rive du Karoun, les forces irakiennes avaient creusé un canal couvert qui leur permettait de circuler et de rejoindre des positions individuelles ou collectives dominant le fleuve. »

Une rencontre sur le front

Les combattants avaient alors engagé la deuxième phase de l’opération Beit ol-Moqaddas. Après une brève halte à Téhéran, où je présentai mon rapport sur la visite des régions pétrolières, je me rendis à Abadan.

Je visitai le front et plusieurs postes de commandement afin de mieux comprendre la situation militaire. Des combats acharnés étaient en cours.

Au cours de cette visite, je rencontrai le commandant du Corps des gardiens de la révolution islamique de Hamedan. Il était assis à l’arrière d’une motocyclette, le visage et les vêtements recouverts de poussière. Il était entièrement absorbé par les combats.

Durant l’hiver 1360 du calendrier iranien, soit en 1981-1982, la commission d’enquête du Parlement m’avait chargé, avec M. Ahmad Alizadeh, d’examiner le dossier du député de Tuyserkan, dont la validation du mandat avait été contestée par un autre parlementaire.

Dans le cadre de cette mission, nous nous étions d’abord rendus au siège des gardiens de la révolution de Hamedan. Nous y avions rencontré leur commandant ainsi que feu M. Mousavi, imam de la prière du vendredi de Hamedan.

Dès cette première rencontre, une réelle proximité s’était établie entre nous.

Je retrouvai donc le commandant du Corps des gardiens de Hamedan sur le front, en pleine opération. Nous discutâmes de la poursuite des combats. Il tomba en martyr peu après cette rencontre, au cours de la même opération.

Une mission demandée par le président de la République

Comme cela a été indiqué, l’opération Beit ol-Moqaddas dura vingt-quatre jours et se déroula en quatre phases.

Après la fin de la troisième phase et l’installation des combattants dans la région de Shalamcheh, plusieurs tentatives furent menées pour entrer dans Khorramshahr et reprendre la ville, mais elles échouèrent.

Un jour, au Parlement, M. Fouad Karimi vint me voir et me dit :

« Le président de la République de l’époque, l’ayatollah Khamenei, souhaite que nous nous rendions ensemble dans la zone des opérations afin d’étudier les raisons pour lesquelles les combattants de l’islam ne sont pas parvenus à entrer dans Khorramshahr. »

J’acceptai cette mission avec enthousiasme et partis avec Fouad Karimi vers la zone de l’opération Beit ol-Moqaddas.

La rencontre avec Hassan Bagheri

Au cours de ce déplacement, nous visitâmes plusieurs postes de commandement et rencontrâmes différents responsables militaires, parmi lesquels le martyr Hassan Bagheri Afshordi.

Hassan Bagheri était un jeune homme d’environ 27 ans. Malgré son âge, il possédait une maîtrise des questions militaires digne d’un commandant expérimenté.

Il présenta des analyses particulièrement pertinentes sur la nécessité d’interrompre temporairement l’avancée et sur les conditions d’une progression à l’intérieur de Khorramshahr.

Ses observations nous aidèrent considérablement à compléter notre rapport.

Après cette rencontre, nous nous dirigeâmes vers Shalamcheh, qui subissait alors des tirs extrêmement intenses. Nous y poursuivîmes nos investigations avant de retourner à Téhéran.

Le rapport transmis au président

À Téhéran, nous avons d’abord procédé à une synthèse de nos notes. Nous avons ensuite préparé notre rapport final en deux parties et l’avons remis au président de la République.

L’ayatollah Khamenei le présenta ensuite au Conseil suprême de la défense.

Quelques jours plus tard, nos forces pénétrèrent dans Khorramshahr en passant par Shalamcheh et accomplirent l’épopée victorieuse de la libération de la ville.

J’ai conservé un exemplaire de ce rapport dans mes archives. Le texte suivant reprend les observations qui furent remises au président de la République.

Difficultés observées pendant les opérations

  1. Après deux opérations successives, nos forces souffraient d’un épuisement physique et psychologique extrême. Aucun temps de repos ne leur avait été accordé entre l’opération Fath ol-Mobin et l’opération Beit ol-Moqaddas.
  2. Certaines unités manquaient de coordination et ignoraient la position ou la situation des unités voisines.
  3. La coordination entre les forces blindées de l’armée et l’infanterie était insuffisante. Les unités blindées ne disposaient pas de l’efficacité nécessaire.
  4. Le contrôle de plusieurs unités avait échappé aux commandants des brigades, des divisions et du commandement général.
  5. Certaines unités avaient perdu leur position, tandis que leurs commandants ignoraient où elles se trouvaient. La manifestation la plus grave de cette situation se produisit à Shalamcheh.
  6. Les commandants éprouvaient des difficultés à diriger les opérations, notamment en raison d’une mauvaise connaissance du terrain, de l’incapacité à identifier les repères géographiques et de l’impossibilité d’adapter le dispositif prévu à la réalité du terrain.
  7. Les forces de réserve avaient été conservées trop longtemps, tandis qu’il était impossible de remplacer efficacement les unités offensives épuisées.
  8. Les combattants avaient été envoyés à découvert sur un terrain plat, sans dispositif de protection. Cette méthode allait à l’encontre des expériences précédentes, durant lesquelles les forces progressaient à partir de tranchées ou de canaux.
  9. L’attaque fut menée de manière frontale et directe.
  10. Malgré la forte résistance de l’ennemi et les lourdes pertes infligées à nos forces par des tirs rasants, l’ordre de progresser fut maintenu. Certains combattants refusèrent alors d’avancer et se replièrent, laissant les flancs sans protection, tandis que d’autres poursuivirent leur progression et furent tués.
  11. Des unités furent maintenues dans des positions vulnérables et installées derrière des remblais directement exposés aux tirs ennemis.
  12. Les combats se prolongèrent jusqu’en plein jour, alors que les positions défensives évoquées précédemment n’avaient pas été consolidées. Ces remblais se transformèrent en véritables pièges meurtriers pour nos forces.
  13. Contrairement aux opérations précédentes, nos forces ne purent atteindre ni neutraliser l’artillerie ennemie. Celle-ci fut l’une des principales causes des pertes subies.
  14. On avait cru, de manière trop simpliste, que Shalamcheh constituait l’unique grande voie de ravitaillement de l’ennemi et que la prise ou la menace de cette zone conduirait automatiquement les forces irakiennes à se rendre.

Problèmes antérieurs au déclenchement de l’offensive

  1. Avant l’attaque, les informations disponibles sur les positions et la situation de l’ennemi étaient très limitées. Au niveau des brigades et des échelons inférieurs, les renseignements étaient particulièrement insuffisants et difficilement exploitables.
  2. La troisième phase de l’opération fut engagée dans la précipitation, sans calcul approfondi ni plan complet et cohérent.
  3. Les forces ennemies furent mal évaluées après leur retrait de Hamidiyeh et de Hoveyzeh. On les considérait comme affaiblies et l’on pensait qu’elles fuiraient comme auparavant sans opposer de résistance. Cette analyse entraîna un excès de confiance et une perception irréaliste de la situation parmi nos propres forces.
  4. Il n’avait pas été suffisamment pris en compte que cette phase de la guerre était décisive pour l’ennemi, placé dans une situation de vie ou de mort et prêt à mobiliser toutes ses capacités pour assurer sa survie.
  5. Les préparatifs logistiques nécessaires à la sécurisation des territoires conquis après les première et deuxième attaques étaient insuffisants. Les combattants n’avaient pas davantage été préparés physiquement et psychologiquement à mener trois phases successives.
  6. Après les deux premières phases, les forces étaient désorganisées. Aucun effort suffisamment rapide ne fut accompli pour les regrouper, réparer les pertes et réorganiser les unités.
  7. Il fut impossible de remplacer les combattants épuisés par des forces fraîches.
  8. Le plan opérationnel fut modifié sur la base d’analyses irréalistes de la situation ennemie. La nouvelle stratégie fut engagée sans que les commandants des brigades et des bataillons aient été pleinement informés de ses modalités.
  9. La connaissance du terrain, des positions ennemies, du nombre de remblais défensifs et de l’emplacement des champs de mines était insuffisante.
  10. Les autorités supérieures exerçaient une pression afin d’accélérer l’opération de libération de Khorramshahr.
  11. Les routes et les axes nécessaires à la conduite de l’opération n’avaient pas été construits.
  12. Les forces du Bassidj mobilisées pour l’opération étaient insuffisamment formées et préparées durant toute la période allant du début de l’opération Beit ol-Moqaddas à la libération de Khorramshahr.

Khorramshahr après sa libération

Je visitai à quatre reprises la zone de l’opération Beit ol-Moqaddas. Mon quatrième déplacement eut lieu deux jours après la libération de Khorramshahr.

Il ne restait pratiquement plus rien de la ville.

Sur la rive du Karoun, un canal couvert avait été aménagé. Les forces irakiennes l’utilisaient pour circuler et rejoindre leurs positions individuelles et collectives dominant le fleuve.

Depuis la rive occidentale du Karoun vers l’est, sur une profondeur d’environ cinq cents mètres, presque tous les bâtiments avaient été détruits et le terrain avait été miné.

Un an avant la libération de la ville, j’avais effectué une visite à Abadan et sur le front de Khorramshahr avec M. Javad Sharifi.

Sur les rives du Karoun, nous avions assisté à la destruction de maisons à l’aide d’explosifs et à l’installation de mines.

Tout autour de Khorramshahr, les forces irakiennes avaient placé des obstacles métalliques en forme d’étoile afin d’empêcher l’atterrissage de parachutistes ou de forces aéroportées.

Un canal avait été creusé devant le Karoun et des postes de combat y avaient été installés. Depuis les ouvertures de ces abris, les soldats irakiens pouvaient surveiller le fleuve.

Visite des zones de guerre du Sud

En retrait de cette première ligne se trouvaient un champ de mines, puis une autre série d’obstacles destinés à empêcher les opérations aéroportées.

À la douane de Khorramshahr, des caisses de munitions et des fusils d’assaut Kalachnikov étaient éparpillés sur une vaste zone.

De nombreux corps de soldats irakiens gisaient également sur le sol. Cette scène témoignait de la violence des affrontements qui s’étaient déroulés dans le secteur de la douane.

La grande mosquée de Khorramshahr, qui avait servi au début de la guerre de centre logistique et de lieu de rassemblement pour les combattants, portait elle aussi les blessures des combats.

Malgré ses importantes destructions, elle demeurait debout, solide et imposante, telle une institution sacrée et un lieu de rendez-vous pour les combattants.

Sur son dôme endommagé se dressait désormais le drapeau tricolore de l’Iran. »

Send To Friend

COMMENTS

Write a comment or question
Prénom:
*
Commentaire :
*
Captcha:
Envoyer