Le waqf selon l'Imam Khomeini : portée religieuse, sociale et économique

Le waqf selon l'Imam Khomeini : portée religieuse, sociale et économique

Entretien avec le Hojjat al-Islam wal-Muslimin Mohammad Ali Khosravi

Le waqf, ou fondation pieuse, ne relève pas uniquement du droit islamique. Il possède aussi des dimensions économiques, sociales, éducatives et morales. Dans un entretien accordé au portail de l'Imam Khomeini, le Hojjat al-Islam wal-Muslimin Mohammad Ali Khosravi revient sur ses fondements religieux, sa place dans la pensée de l'Imam Khomeini et son rôle dans la société.

Le waqf, dans son sens actuel, est-il mentionné dans le Coran et les hadiths ?

Le mot "waqf", dans son sens juridique actuel, n'apparaît pas directement dans le Coran. Aujourd'hui, il désigne le fait d'affecter durablement un bien à une œuvre d'intérêt général ou religieux, de manière à préserver le capital d'origine et à consacrer ses revenus à la destination choisie.

Même si le terme lui-même n'est pas utilisé dans le Coran avec cette définition précise, son esprit est présent dans de nombreux versets consacrés à l'aumône, à la bienfaisance, au sacrifice de soi et aux œuvres durables. Le waqf peut ainsi être considéré comme l'une des formes les plus durables de don et de bienfaisance.

La tradition du Prophète de l'islam confirme également la légitimité du waqf. Selon Khosravi, le Prophète lui-même fut le premier à instituer un waqf dans l'histoire de l'islam. C'est pourquoi cette pratique est parfois qualifiée de "tradition prophétique vertueuse".

Une tradition attribuée à Jabir rapporte qu'aucun Compagnon du Prophète ne manquait de consacrer une partie de ses biens sous forme de waqf.

Fatima Zahra et les Imams ont eux aussi poursuivi cette pratique. L'Imam Ali possédait notamment des biens qu'il consacra à des œuvres pieuses. Il avait lui-même creusé des puits et des sources et planté des palmiers. Dans l'un de ses actes de waqf, il indiquait qu'une source et une palmeraie seraient affectées aux pèlerins de la Maison sacrée et aux œuvres accomplies "dans le chemin de Dieu".

Il désigna également l'un de ses fils comme administrateur du bien et précisa que les héritiers ne pourraient pas en revendiquer la propriété. Le bien ne devait être ni donné, ni transmis par héritage. Selon Khosravi, plusieurs règles du waqf élaborées plus tard par les juristes musulmans se sont appuyées sur ce type de dispositions.

Quelle était la position de l'Imam Khomeini sur le waqf ?

Le waqf possède une dimension juridique et religieuse, mais ses effets concernent également l'économie, l'éducation, la morale et la vie sociale.

L'Imam Khomeini a consacré des développements importants à cette question dans ses ouvrages de jurisprudence islamique.

L'une de ses positions concerne la possibilité, pour un musulman, d'établir un waqf au bénéfice de non-musulmans. Certains juristes ont considéré qu'un tel acte n'était pas autorisé. D'autres, parmi lesquels le chercheur al-Muhaqqiq, Seyyed Mohammad Kazem Tabatabaï, auteur de Al-Urwa al-Wuthqa, ainsi que l'Imam Khomeini, ont estimé qu'il était juridiquement valable.

Selon cette conception, un musulman peut par exemple consacrer un bien dont les revenus serviront à aider des non-musulmans malades ou pauvres, ou à financer les études d'enfants chrétiens ou juifs. L'Imam Khomeini considérait ces waqfs comme valides et leurs dispositions comme obligatoires pour les administrateurs.

Cette position est notamment mentionnée dans le deuxième volume de Tahrir al-Wasila, à la question 28, page 69.

Khosravi rappelle qu'il existe également en Iran des waqfs fondés par des membres des minorités religieuses pour leur propre communauté. Les juristes musulmans reconnaissent la validité de ces fondations.

Des biens consacrés par des zoroastriens, des chrétiens ou des juifs existent encore en République islamique d'Iran. Ils sont administrés conformément à la législation en vigueur et leurs revenus doivent être affectés à la destination prévue par leurs fondateurs.

Quels sont les effets sociaux et économiques du waqf ?

Une personne disposant de biens peut consacrer tout ou partie de son patrimoine à une œuvre qu'elle considère utile, à condition que cette destination ne soit pas contraire aux règles religieuses.

Le champ du waqf peut donc couvrir une grande partie des activités sociales d'intérêt général.

Khosravi rappelle que de nombreux waqfs ont été créés au cours de l'histoire islamique. Certains remontent à cent, deux cents ou même quatre cents ans et sont toujours actifs. D'autres ont disparu avec le temps, mais leurs actes et documents ont été conservés.

Dans le domaine social, les waqfs ont notamment servi à prendre en charge les orphelins, construire des orphelinats, soutenir les malades, créer des hôpitaux et des établissements de soins, financer l'éducation, construire des écoles ou constituer des bibliothèques.

Khosravi affirme qu'une part importante des hôpitaux et des établissements d'enseignement du monde musulman ont bénéficié du système du waqf.

Des bourses ont aussi été mises en place par des donateurs pour aider des étudiants ayant de bonnes capacités mais peu de moyens financiers.

Il cite notamment le waqf Alborz, créé par Mirza Hossein Ali Alborz. Une grande partie de ses biens a été consacrée à l'éducation. Des écoles portant le nom d'Alborz auraient été construites dans une vingtaine de régions du pays. Une autre partie des revenus est destinée à accorder des prêts sans intérêts à des étudiants défavorisés.

Le waqf peut également avoir une fonction économique directe.

Lorsqu'une usine est constituée en waqf, elle crée des emplois. Des bâtiments, ateliers de production ou participations dans des entreprises peuvent aussi être consacrés à ce système.

Pour Khosravi, ces activités contribuent à l'emploi et peuvent participer au fonctionnement de l'économie nationale.

Quelle place le waqf occupe-t-il dans la Constitution iranienne ?

La Constitution n'entre pas dans les détails de son fonctionnement juridique. Elle reconnaît toutefois le waqf en tant qu'institution économique.

Comment mettre en pratique le slogan "Soyons tous donateurs de waqf" ?

Selon Khosravi, ce slogan répond à un besoin social : le développement du waqf ne doit pas dépendre exclusivement des grandes fortunes.

Il estime que la participation peut être élargie à l'ensemble de la population grâce à des formes collectives de waqf.

Une personne n'est pas obligée de financer seule un bien important. Plusieurs personnes peuvent réunir leurs contributions pour acheter un terrain, un immeuble, une entreprise ou une partie des actions d'une société, puis consacrer ce patrimoine à une œuvre déterminée.

Cette formule permettrait à des personnes aux ressources plus modestes de participer elles aussi à une œuvre durable.

Pourquoi le 27 Safar a-t-il été désigné comme Journée du waqf en Iran ?

Khosravi explique qu'il a participé à la création de cette journée lorsqu'il occupait le poste d'adjoint culturel de l'Organisation des waqfs et des affaires caritatives.

Son équipe avait préparé une proposition afin qu'une journée du calendrier soit officiellement consacrée au waqf. Le projet fut transmis au Conseil de la culture publique, qui demanda qu'une date soit choisie et justifiée.

Le choix s'est porté sur le 27 Safar.

La raison avancée était liée au Prophète de l'islam, considéré dans cet entretien comme le premier fondateur d'un waqf, ainsi qu'à l'Imam Hassan, présenté comme le premier administrateur de biens consacrés.

Le 28 Safar correspond à la commémoration de la mort du Prophète et, dans la tradition chiite, au martyre de l'Imam Hassan. Cette journée étant principalement consacrée au deuil, les responsables ont choisi le jour précédent pour mettre en avant le waqf.

La semaine contenant cette date fut également désignée comme "Semaine du waqf". Des thèmes différents ont été attribués à ses journées afin de présenter les différentes fonctions de cette institution.

Le 27 Safar figure depuis lors dans le calendrier officiel iranien comme Journée du waqf. Cette période sert chaque année à présenter ses dimensions religieuses, sociales et économiques au public.

Quels thèmes peuvent être associés aux journées consacrées au waqf ?

Parmi les thèmes mentionnés figurent le waqf et les médias, la diffusion de la culture des Ahl al-Bayt, la culture coranique, les sanctuaires et le pèlerinage, les séminaires religieux, la lutte contre la pauvreté, la santé, l'économie de résistance, ainsi que la science et la technologie.

Khosravi précise que ces intitulés ne sont pas figés et peuvent évoluer en fonction des priorités du moment.

Il prend l'exemple de "l'économie de résistance", notion mise en avant par le guide de la République islamique d'Iran. À ses yeux, le waqf peut soutenir cette politique parce qu'un patrimoine consacré demeure durablement dans le pays.

Lorsqu'un propriétaire achète un terrain et le transforme en waqf, ce capital ne peut plus être transféré librement à l'étranger ou vendu comme un bien ordinaire.

Khosravi défend aussi l'idée que certaines responsabilités économiques peuvent être assumées directement par la société plutôt que par l'État. Le waqf est, selon lui, une institution populaire dont le fonctionnement repose sur une économie interne relativement indépendante de l'appareil gouvernemental.

Le développement de cette institution pourrait ainsi contribuer, selon son analyse, à renforcer l'économie nationale.

Si les biens en waqf restent consacrés pour toujours, tous les biens pourraient-ils finir par devenir des waqfs ?

Lorsqu'un terrain est placé sous le régime du waqf, sa vente n'est en principe plus autorisée.

Si un terrain est consacré à une mosquée, cette destination demeure. Lorsqu'un bien est consacré au financement de l'éducation, la forme de son exploitation peut en revanche évoluer tout en conservant le même objectif.

Khosravi donne l'exemple d'un terrain agricole dont les revenus sont destinés à financer l'enseignement. Si l'urbanisation rend un jour l'exploitation agricole impossible, le terrain peut changer d'usage et accueillir, par exemple, un centre commercial. Ses revenus continueront toutefois à être affectés à l'éducation.

Le bien reste donc consacré, même lorsque sa forme d'exploitation change.

Khosravi cite enfin Allameh Tabatabaï, selon lequel il aurait existé une époque où de très nombreuses terres situées entre Tabriz et Ardabil étaient constituées en waqf.

Il rapporte l'histoire d'un commerçant de Tabriz qui voulait acheter un terrain pour en faire un waqf, mais qui aurait dû se rendre presque jusqu'à Ardabil avant de trouver une parcelle qui ne soit pas déjà consacrée.

Une autre formule attribuée à Allameh Tabatabaï affirme que "l'Iran est passé plusieurs fois sous le régime du waqf, puis en est ressorti".

Khosravi explique cette situation par le non-respect de certains actes de waqf, la falsification de documents et les décisions de plusieurs gouvernements, notamment à l'époque de Nader Shah.

Selon lui, si les waqfs étaient préservés sur le long terme, une partie croissante de la propriété privée pourrait progressivement devenir un patrimoine destiné à l'intérêt collectif.

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